Dans l’imaginaire collectif, l’échec fait peur. Il est souvent perçu comme un point final, un aveu d’incompétence ou, pire encore, un marqueur d’échec personnel.
En entrepreneuriat, cette peur est encore plus tenace. On valorise les success stories, les levées de fonds spectaculaires, les parcours sans faute… mais on parle peu des revers, des fermetures d’entreprises ou des projets avortés.
Pourtant, l’échec est omniprésent dans la vie des entrepreneurs. Il fait même partie intégrante du processus de création et de réussite. C’est une étape, pas une fin.
Dans cet article, on va démystifier l’échec entrepreneurial. Non, ce n’est pas une fatalité. Non, tu n’as pas raté ta vie. Et oui, il est possible d’en faire une véritable force pour avancer.
Accepter l’échec : une étape clé du parcours entrepreneurial
Identifier les causes fréquentes d’échec (et pourquoi elles arrivent plus souvent qu’on ne le pense)
L’échec entrepreneurial n’a rien d’une exception. Selon l’Insee, plus de 50 % des entreprises cessent leur activité dans les cinq ans suivant leur création (Insee, 2024). Les raisons de ces échecs sont souvent structurelles et prévisibles.
Les principales
causes identifiées sont :
- Un modèle économique non viable ou mal défini.
- Des erreurs de gestion (trésorerie, marges, coûts).
- Une mauvaise connaissance du marché ou des clients.
- Un manque de financement adapté.
Océane Amsler, youtubeuse et créatrice de contenus aux millions de vues sur internet lance sa première marque “Maison Bagarre” pour un concept ultra innovant : du vin blanc pétillant en canette. Un pari audacieux qui n’a pas eu l’écho attendu, malgré les dizaines (voire centaines) de milliers d’euros investis par la youtubeuse et son associé et conjoint le rappeur beatmaker Le Motif.
Bilan le jour du lancement : 5 ventes (sur 17 000 personnes abonnés à la newsletter)
Problème de CRM,
erreur dans la stratégie de commercialisation, loi Evin restreignant la promotion d’alcool sur les réseaux sociaux, … autant d’hypothèses permettant d’expliquer le flop de la marque. Le duo de créateur de contenu documente leur parcours entrepreneurial et leur
échec final dans une série de vidéos sur youtube sortie en janvier 2025. Une honnêteté radicale ultra inspirante pour tous les créateurs d’entreprises, qui montre que même avec des moyens financiers conséquents pour débuter, les erreurs stratégiques arrivent, et la réussite n’est pas toujours à la clé.
Dans beaucoup de cas,
les entrepreneurs surestiment la demande ou sous-estiment leurs coûts. Ces erreurs sont amplifiées par l’isolement : l’envie de tout faire seul par égo ou par besoin irrépressible de contrôle.
Exemples d’échecs entrepreneuriaux (et ce qu’on peut vraiment en tirer)
En tant qu’incubateur étudiant, on voit passer des centaines de
projets par an. On accompagne des startup qui visent des levées de fonds immenses, des indépendants qui souhaitent juste tirer un salaire de leur activité ou encore des associations qui souhaitent atteindre l’équilibre.30% des projets incubés par Pépite oZer (l’incubateur étudiant de l’académie de Grenoble) sont toujours en
activité 3 ans après leur création. Ce qui veut dire que 70% ont cessé leur activité. Mais est-ce qu’on peut considérer cet arrêt comme un échec ?

Marwen, est arrivé à Pépite oZer en développant le projet SyMon le robot nettoyeur de radioactivité. Lauréat régional du prix Pépite en 2019 et fortement remarqué par son implication et son aisance au pitch, il a rejoint Schneider Electric au post de responsable des achats marine.
Amandine a développé son idée de Drive zéro déchet en périphérie grenobloise, constatant qu’aucune épicerie zéro déchet n’était adaptée aux personnes véhiculées habitant à l’extérieur de la métropole, mais seulement pour les piétons et cyclistes du centre-ville. Aujourd’hui, Amandine met au service ses compétences apprises lors du développement de son projet en tant que manager de de l’espace de coworking-coliving Cowool Grenoble.
Thibault, après avoir testé l’aventure entrepreneuriale pour un projet de logiciel, met aujourd’hui ses compétences d’ingénieur informatique au service de AppHop, une startup qui diminue le gaspillage des médicaments à l'hôpital. Il est cofondateur du projet et a rencontré son associé parmi ses camarades de promo à Pépite oZer.
L’échec : un levier (souvent caché) de réussite
Pourquoi l’échec peut devenir un tremplin vers la réussite future
L’
échec entrepreneurial est souvent un puissant révélateur. Il force à repenser ses méthodes et pousse à ajuster sa vision. Dans la Silicon Valley, on parle d’ailleurs du principe "Fail Fast, Learn Faster" (« Échoue vite, apprends plus vite »).D’après une étude de CB Insights, 42 % des startups échouent faute d’un besoin réel du marché. Se confronter le plus rapidement possible à un échec permet aux
entrepreneurs de pivoter, c’est-à-dire de modifier leur offre ou leur stratégie pour mieux répondre aux attentes des clients. L’échec devient alors un outil ultra précieux en entrepreneuriat, car il repose sur des expériences vécues, et non sur de simples hypothèses.
Résilience, persévérance et confiance : les vraies compétences derrière chaque rebond
Derrière chaque
succès après échec se cachent des qualités spécifiques : la résilience, la persévérance et la capacité à conserver une vision long terme. Richard Branson, fondateur de Virgin, a connu plusieurs échecs retentissants (Virgin Cola, Virgin Brides…). Il affirme pourtant que ces
expériences ont renforcé sa capacité à gérer l’incertitude et à innover plus vite dans ses projets suivants (Virgin.com). Dans une interview accordée aux
Echos, il partage « Prétendre n'avoir jamais connu d'échec, c'est être un sacré menteur ! » Ces compétences ne s’acquièrent pas dans les livres. Elles se forgent à travers les
difficultés, lorsque l’entrepreneur est confronté à ses limites et apprend à se relever.
Transformer l’échec en force : les clés pour rebondir
Apprendre à analyser ses erreurs sans tomber dans la culpabilité
L’une des clés pour rebondir est d’analyser son échec de manière lucide, sans sombrer dans la culpabilité.Il est essentiel de distinguer les facteurs externes (contexte économique, concurrence) des erreurs internes (mauvaise stratégie, communication défaillante). Cette démarche peut être facilitée par des outils comme l’analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités, menaces) ou par l’appui d’un mentor. La franchise française de restauration « Big Fernand » a connu des déboires après une expansion trop rapide. L’
entreprise a ensuite réajusté son modèle en maîtrisant mieux son rythme de croissance et en optimisant la rentabilité de chaque point de vente. Pour nous, l’essentiel de la résilience après un échec entrepreneurial tient en deux points :
- Ne pas mélanger son estime personnelle à ses réussites et ses échecs professionnels. Votre personne a de la valeur indépendamment de la réussite ou de l’échec de votre entreprise. Cultiver des loisirs et une vie sociale à côté de son activité est à nos yeux essentiels.
- L’échec n’est jamais définitif. Il est souvent le résultat d’un mauvais état d’esprit et d’un manque d’humilité. Si chaque avancée est perçue comme une hypothèse à valider ou invalider, les “échecs” ne deviennent que des réponses à ces hypothèses.
Ce qui est sûr : un échec professionnel n'est jamais synonyme d’échec de votre personne. Votre valeur réside dans ce que vous êtes et non dans ce que vous faites, ou ne faites pas, ou n’avez pas réussi à faire.
Mettre en place des stratégies concrètes pour éviter de reproduire les mêmes erreurs
Après avoir identifié ses erreurs, il est crucial de mettre en place des stratégies concrètes pour éviter de les répéter. Cela peut passer par :
- Des formations spécifiques (gestion, marketing, finances).
- La création d’un comité d’accompagnement ou d’un cercle de confiance.
- Le recours à des incubateurs ou des réseaux de mentorat.
De nombreux
entrepreneurs trouvent aussi un soutien précieux dans les clubs locaux ou plateformes comme Makesense ou France Active, qui favorisent les échanges entre entrepreneurs, y compris sur les revers. L’enjeu n’est pas seulement de rebondir, mais de rebondir plus fort et plus lucide. Le lean-startup reste pour nous le meilleur moyen de se lancer dans l’aventure
entrepreneuriale en évitant les trop grosses chutes le plus possible. Lean, en français, peut se traduire par "léger". Le Lean Startup permet, de façon agile, de valider une idée rapidement en la confrontant au marché, tout en minimisant l’investissement au démarrage. Il s'agit de démontrer que son produit/service, qu'il soit utilisé, manipulé ou téléchargé, ait un intérêt réel pour le client.
Bonus : Ressources pour apprivoiser l’échec et rebondir
Livres, podcasts et outils pour mieux vivre et dépasser l’échec entrepreneurial
Pour accompagner ce cheminement, plusieurs ressources peuvent être très utiles.Parmi les livres recommandés :
- The Lean Startup d’Eric Ries, une référence sur l’expérimentation continue.
- Rework de Jason Fried et David Heinemeier Hansson, qui casse les mythes traditionnels du business.
- Fail Fast, Learn Faster de Randy Bean, centré sur l’apprentissage par l’échec.
- "Les vertus de l'échec" du philosophe Charles Pépin
Côté podcasts :
- Génération Do It Yourself, podcast où des personnalités reviennent sur tous les aspects de leurs parcours
- "La leçon, le podcast sur l'art d'échouer" de Pauline Grisoni.
- How I Built This (NPR) où des entrepreneurs racontent leurs échecs avant leurs succès.
- StartUp (Gimlet), une immersion dans les hauts et bas du lancement d’entreprise.
Réseaux et communautés où partager son expérience sans tabou
Rejoindre des réseaux où l’on peut parler d’échec sans jugement peut faire toute la différence. Des structures comme Les Déterminés ou Entrepreneurs dans la Ville accompagnent des entrepreneurs souvent issus de milieux modestes et valorisent une approche bienveillante et lucide de l’échec. Des espaces comme Makesense, France Active ou Réseau Entreprendre offrent aussi des cadres pour échanger entre pairs et bénéficier de retours d’
expérience constructifs. L'association 60 000 Rebonds présente partout en France pour accompagner les entrepreneurs qui ont fermé leur entreprise, à rebondir vers un nouveau projet professionnel. Ils ont aussi vocation à changer le regard sur l'échec et organisent régulièrement des "Nuits de la résilience" où plusieurs personnes (entrepreneurs, sportifs, artistes, chefs étoilés) viennent parler de leur expérience de l'échec.
Mais surtout, rappelez-vous :
L’échec entrepreneurial n’est pas une fin, mais une
étape normale, souvent nécessaire. Les chiffres le prouvent : la majorité des projets échouent, mais ces épreuves permettent de développer des compétences essentielles comme la résilience, la capacité d’analyse et l’audace. Que ce soit James Dyson, Bill Gates, Richard Branson ou Sophia Amoruso, les
parcours d’entrepreneurs à succès montrent que la clé n’est pas d’éviter l’échec à tout prix, mais de l’apprivoiser pour en tirer un véritable levier de croissance.
Non, tu n’as pas raté ta
vie. Tu es simplement en train d’apprendre — et peut-être de préparer ton prochain succès.